24 janvier 2022

Rain – Singularity

Ark, IQ, Arena, Jadis, Frost… Autant de groupes qui ne parlent peut être pas forcément au commun des mortels. Ils font partie de la vague anglaise de rock progressif de la fin des années 1980 aux années 2000. Ils sont toujours en activité et ont tous eu leur petit ou grand moment de notoriété. Ils ont un autre point commun : leur bassiste John Jowitt. Et John – appelons le J.J. – il a clairement la basse dans la peau.

En 1986, J.J. devient le bassiste du groupe Ark avec lesquels il sort un album en 1988. Dès l’année suivante, le groupe assure les premières parties du groupe IQ et tout le monde s’entend bien. Quand IQ cherche un nouveau bassiste au début de l’année 1990, c’est tout naturellement qu’ils se tournent vers J.J. Ne pensant pas pouvoir concilier les 2 groupes, il fait un choix et abandonne Ark. Il va cependant très vite avoir besoin de jouer davantage et rejoint également le groupe Jadis. Quelques années plus tard, il entre dans un 3e groupe en parallèle : Arena. Autant de groupes et de rencontres, cela forge l’expérience. En 2004, J.J. passe à la vitesse supérieure et créé le groupe Frost* (ne cherchez pas une référence en bas de page, l’astérisque fait partie intégrante du nom) avec d’autres membres d’Arena et de IQ. Le groupe va faire une pause de 2 ans et J.J. ne restera qu’un an à la reprise. En 2009, il reprend sa place dans Ark et quitte en 2011 IQ après 20 ans de fidélité non-stop au poste. Ne jouant plus que dans un seul groupe, il reprend également sa place dans Arena. Et oui, il a un peu la bougeotte notre J.J. C’est le paradoxe du musicien talentueux que d’aller plus vite que la musique. Talentueux J.J. ? A vous de juger :

La Classic Rock Society (CRS) est une organisation britannique qui a œuvré de 1991 à 2019 pour aider, soutenir et développer le rock. Comme toute organisation qui se respecte, la CRS organisait chaque année une cérémonie de remise de prix aux artistes britanniques qui se détachaient le plus. Et bien figurez-vous que J.J. a remporté 17 fois le trophée du meilleur bassiste. De 1993 à 1998 puis de 2002 à 2011. Il a alors demandé à devenir parrain de la cérémonie et ne plus être pris en considération pour le trophée. Imaginez l’étagère chez lui remplie à craquer. Mais là n’est pas le propos.

Parallèlement, en 1999, Robert Plant, la légende vivante de Led Zeppelin créé un projet musical : Priory of Brion. Ce groupe fait en tout une centaine de concerts à travers l’Europe jouant principalement des reprises de chansons ayant influencées Plant. Et pendant cette centaine de concert, le batteur du groupe Andy Edwards va en profiter pour se consolider une expérience et une réputation. Il va alors rejoindre en 2004 le groupe IQ et faire la connaissance de J.J. Ensemble – et avec d’autres – ils vont créer Frost*. Ils quitteront le groupe à peu près en même temps. Andy ne s’investit pas que dans ses groupes car il devient en 2010 le responsable des cours de musique au Kidderminster College.

Concert d’IQ en 2007 avec John Jowitt et Andy Edwards

Pendant ces années IQ/Frost* où ils partageaient la scène, une alchimie est née et de cette alchimie va émerger l’une des plus belles surprises de cette fin d’année, le groupe Rain. Ils demandent à Rob Groucutt de prendre le clavier et le chant. Andy va alors penser à l’un de ses brillants élèves pour la guitare et les choeurs : Mirron, un peu connu dans les méandres d’internet pour avoir une chaîne Youtube fun.

Le groupe commence à composer et s’entend à merveille. Pendant le confinement, ils enregistrent déjà un titre qui figurera sur l’album : Devils Will Reign

Puis, le 23 novembre est sorti Singularity par Rain. La pochette est une œuvre plutôt abstraite de l’artiste anglais Matthew Bourne. J’ai pour ma part commandé un « poster » de la pochette que je ne devrais pas tarder à recevoir. Vous pouvez regarder son travail sur cette page. Avec seulement 5 pistes au compteur, on pourrait croire à un EP mais que nenni, l’album dure 47 minutes avec les morceaux les plus courts à 7 min.

Classé dans le rock progressif, le groupe n’a visiblement que faire des conventions et réinvente le genre. Le premier titre Devils Will Reign (en vidéo ci-dessus) montre déjà les prémices d’un brillant album : on part d’une pop calme avec 2 voix, un synthé, une guitare pour accélérer vers un rock progressif lancinant comme on (je ?) les aime. Un solo de guitare acoustique plus tard, on reprend le chemin du gros rock pour finir le morceau comme on l’a commencé : calmement, avec un synthé et une guitare douce. Dans Dandelion, la piste suivante, un passage un peu funk va précéder un final aux portes du heavy métal. On ne cesse de s’étonner de l’idée de génie de mettre Rob et Mirron au chant. Leurs voix vont si bien ensemble. L’envolée presque lyrique de Walkaway me donne pour ma part des frissons. Mais le morceau, fort de ses 13 minutes, ne s’arrête pas là et ne cesse d’aller plus loin. Il se promène et on le suit. Ou on se laisse porter. On ne sait plus tellement le morceau est fou et ne cesse d’emprunter les chemins que l’on avait pas osé imaginer. Fort d’avoir écouté les 3 premiers titres, vous pensez pouvoir un peu imaginer la direction que va prendre la suite de l’album. Mais non, Magician porte bien son nom et nous emmène encore ailleurs, dans un univers magique, psychédélique. Des voix qui viennent de nulle part viennent régulièrement se greffer au morceau pour lui donner une autre dimension encore. Pour conclure l’album, le titre éponyme Singularity. Le morceau détonne du reste tant il est expérimental. Personnellement, je le trouve en décalage du reste. Un rythme très lent, trip-hop parfois. Il reprend des éléments des autres pistes (la voix de Devils Will Reign par exemple) qui viennent percuter d’autres sons né de l’imagination de J.J. Et de finir sur le bruit de la nature pendant plus d’une minute.

Singulariténom féminin : Caractère exceptionnel de ce qui se distingue (en bien ou en mal).
Et bien pour moi, c’est tout vu car c’est un très bon album. Une seule écoute ne sera certainement pas nécessaire pour l’apprécier à sa juste valeur. Tout comme il fait partie de ces albums tellement riches qu’il convient de se concentrer à son écoute plutôt que mettre le disque en faisant son sport ou son ménage. Et petit à petit, l’alchimie née à la base entre J.J. et Andy va vous prendre aux tripes et ne plus vous lâcher. Espérons que J.J. ne va pas encore changer de groupe l’année prochaine et qu’on aura le droit à un deuxième album !

A demain !

Singularity, par Rain
Sortie le 23/11/2020 chez Giant Electric Pea

Un morceau en particulier : Devils Will Reign

Rain c’est :
– Rob Groucutt : Voix, clavier
– Andy Edwards : batterie
– John Jowitt : basse
– Mirron : voix, guitare

Retrouvez le groupe Rain sur les différents réseaux :

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